Les 24 Jie Qi — Le calendrier solaire chinois
18ᵉ nœud saisonnier — Autour du 23 octobre 2026
Après Han Lu, la Rosée froide, nous poursuivons notre découverte des 24 nœuds saisonniers du calendrier solaire chinois avec Shuang Jiang 霜降, que j’ai choisi de traduire par « Gel possible ».
Littéralement, les deux caractères chinois signifient « Descente du givre » : 霜 (Shuang) désigne le givre, tandis que 降 (Jiang) signifie descendre, tomber ou arriver.
Nous voici au dernier terme solaire de l’automne chinois. Les nuits deviennent plus froides, les arbres se dépouillent, les animaux modifient leurs habitudes et la nature commence à se préparer plus intensément à l’hiver.
Mais Shuang Jiang nous invite aussi et surtout à regarder au-delà des apparences. Car derrière le ralentissement de la nature se cachent d’extraordinaires mécanismes d’adaptation et de préservation.
Découvrons ensemble ce que cette période peut nous enseigner.

1. De la rosée au givre : quand l’eau devient cristal
Lors de notre précédent rendez-vous, nous avions découvert Han Lu, la Rosée froide.
Avec Shuang Jiang, nous franchissons une nouvelle étape : le froid peut désormais transformer l’humidité en cristaux de glace.
Mais quelle différence existe-t-il réellement entre la rosée et le givre ?
La rosée apparaît lorsque la vapeur d’eau présente dans l’air se condense en fines gouttelettes sur une surface suffisamment froide.
Le givre, quant à lui, peut se former lorsque la vapeur d’eau se dépose directement sous forme de cristaux de glace sur une surface dont la température est inférieure à 0 °C. Il faut le distinguer de la rosée gelée, qui correspond à des gouttelettes liquides ayant ensuite gelé.
Fait intéressant : il peut y avoir du givre sur une pelouse alors qu’un thermomètre placé à deux mètres du sol indique encore une température légèrement positive. L’herbe, exposée au ciel nocturne, peut se refroidir davantage que l’air ambiant.
Le givre nous offre ainsi un spectacle éphémère. Il souligne les nervures des feuilles, transforme les couleurs et recouvre les paysages d’une délicate dentelle blanche. Quelques heures plus tard, les rayons du soleil peuvent suffire à le faire disparaître.
Cette beauté fugace illustre parfaitement l’esprit de Shuang Jiang : la nature change, parfois très rapidement, mais chaque transformation appartient à un cycle plus vaste.

2. Les trois manifestations traditionnelles de Shuang Jiang
Dans le calendrier chinois traditionnel, chacun des 24 Jie Qi se subdivise en trois périodes d’environ cinq jours, appelées hou 候.
L’année comprend ainsi 72 manifestations saisonnières, ou Qishier Hou 七十二候.
Ces observations témoignent de l’attention portée par les anciens Chinois aux transformations du monde naturel.
Pour Shuang Jiang, trois manifestations sont traditionnellement décrites.
Première manifestation : 豺乃祭獸 — Le chacal présente ses proies
Dans les textes anciens, le chacal est décrit comme disposant les animaux qu’il a capturés, comme s’il accomplissait une offrande.
Il s’agit d’une interprétation symbolique traditionnelle, et non d’un rituel animal scientifiquement établi.
Pour mieux nous représenter cet animal sous nos latitudes, nous pouvons le rapprocher de notre renard européen. Tous deux appartiennent à la famille des canidés et possèdent une alimentation opportuniste.
Le renard peut notamment chasser de petits mammifères, consommer des fruits ou profiter de ressources alimentaires variées.
Cette première manifestation évoque l’exploitation des ressources disponibles à l’approche d’une saison plus difficile.
Deuxième manifestation : 草木黃落 — Les végétaux jaunissent et tombent
Les arbres à feuilles caduques se parent de jaune, d’orange et de rouge avant de perdre progressivement leur feuillage.
Ces changements de couleur accompagnent notamment la dégradation de la chlorophylle, qui laisse apparaître d’autres pigments présents dans les feuilles.
Chez certaines espèces, des pigments rouges peuvent également être produits à l’automne.
Ce spectacle annonce une transformation essentielle : de nombreux arbres commencent à réduire leur activité et à préparer leur période de repos hivernal.
Troisième manifestation : 蟄蟲咸俯 — Les insectes se retirent dans leurs refuges
À mesure que les températures diminuent, de nombreux insectes deviennent moins visibles.
Certains passent l’hiver sous forme d’œufs, d’autres de larves, de nymphes ou d’adultes.
Plusieurs espèces entrent en diapause, une période durant laquelle leur développement est ralenti ou interrompu.
Sous les feuilles mortes, dans les fissures des écorces ou dans le sol, la vie continue discrètement.
Ces trois manifestations nous rappellent que ce qui devient invisible n’a pas nécessairement disparu.
Ces observations proviennent du contexte culturel et climatique de la Chine ancienne. Elles ne correspondent pas forcément aux mêmes dates dans toutes les régions du monde.

3. L’intelligence des arbres : perdre ses feuilles pour préserver la vie
Pourquoi tant d’arbres perdent-ils leurs feuilles à l’automne ?
La réponse est fascinante !
Les feuilles sont indispensables à la photosynthèse, mais elles constituent également d’importantes surfaces d’échange avec l’atmosphère. Elles perdent notamment de l’eau par transpiration. Pendant l’hiver, lorsque les températures diminuent et que le sol peut geler, l’approvisionnement en eau devient parfois plus difficile. Pour de nombreuses espèces, conserver leur feuillage représenterait alors un coût trop important.
Avant de perdre leurs feuilles, les arbres peuvent récupérer une partie des éléments nutritifs qu’elles contiennent et les conserver dans leurs tissus pérennes.
Et voici un détail remarquable : chez de nombreuses espèces, les bourgeons du printemps suivant sont déjà formés à l’automne ! Protégés par des écailles, ils attendent des conditions favorables pour poursuivre leur développement.
L’arbre ne se contente donc pas de perdre son feuillage. Il conserve les structures et les ressources nécessaires à sa survie.
Tous les arbres n’adoptent cependant pas la même stratégie. Les conifères et d’autres végétaux à feuillage persistant possèdent des adaptations différentes, qui leur permettent de conserver leurs feuilles plus longtemps.
La nature nous montre ainsi qu’il existe plusieurs manières de traverser une période difficile.
Préserver l’essentiel ne signifie pas nécessairement tout conserver.

4. Les stratégies du monde animal : migrer, stocker ou ralentir
Les animaux ont eux aussi développé des stratégies remarquables pour affronter les changements saisonniers. Certaines espèces migrent vers des régions où les conditions sont plus favorables.
Chez de nombreux oiseaux migrateurs, la durée du jour joue un rôle important dans le déclenchement des changements physiologiques qui préparent leur départ.
D’autres animaux choisissent de rester et de constituer des réserves. L’écureuil, par exemple, peut cacher des graines et des fruits à différents endroits afin de les retrouver lorsque la nourriture se raréfie.
Certaines graines oubliées peuvent même contribuer à la dispersion des arbres !
D’autres espèces adoptent une troisième stratégie : réduire considérablement leur activité. Le hérisson européen peut entrer en hibernation lorsque les conditions deviennent défavorables. Sa température corporelle et son rythme cardiaque diminuent, ce qui lui permet de réduire fortement sa consommation d’énergie.
L’hibernation ne correspond toutefois pas à un sommeil ordinaire : il s’agit d’un état physiologique particulier.
Migrer, stocker ou ralentir : trois réponses différentes à une même nécessité, celle de s’adapter.
Et nous ? Lorsque notre environnement change, savons-nous modifier nos habitudes, ou cherchons-nous à maintenir coûte que coûte notre rythme habituel ?

5. Les traditions chinoises de Shuang Jiang
Les 24 Jie Qi ne sont pas uniquement des repères astronomiques.
Au fil des siècles, ils ont également inspiré des coutumes populaires, des pratiques agricoles et des habitudes alimentaires.
Le kaki, fruit emblématique de l’automne
Dans certaines régions de Chine, la consommation de kakis, 柿子 (Shizi), est traditionnellement associée à Shuang Jiang. Avec sa belle couleur orangée, ce fruit évoque immédiatement les paysages automnaux. Certaines croyances populaires lui attribuent des vertus protectrices face au froid. Ces croyances doivent naturellement être distinguées des connaissances nutritionnelles établies.
Le kaki constitue notamment une source de fibres et de différents micronutriments. Selon les variétés, il peut être consommé ferme ou doit atteindre une maturité suffisante pour perdre son astringence.
Les chrysanthèmes et les paysages d’automne
Le chrysanthème occupe une place particulière dans la culture chinoise. Associé à l’automne, il apparaît fréquemment dans la poésie et la peinture traditionnelles. Sa floraison tardive a inspiré de nombreuses réflexions sur la persévérance et la beauté des saisons qui s’achèvent.
Dans certaines régions, la fin de l’automne est également une période propice aux promenades et à l’observation des paysages.
Ces traditions nous rappellent que le calendrier chinois est aussi un patrimoine culturel vivant.
En 2016, les 24 termes solaires chinois ont d’ailleurs été inscrits sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO.

6. Shuang Jiang dans l’assiette : se nourrir à l’approche de l’hiver
Dans la diététique traditionnelle chinoise, l’alimentation est envisagée en relation avec les saisons.
À l’approche de l’hiver, les plats cuits, les préparations chaudes et les aliments nourrissants occupent traditionnellement une place importante. Cela ne signifie pas qu’il faille adopter un régime rigide, mais plutôt apprendre à varier son alimentation en tenant compte des produits disponibles et de ses besoins personnels.
Les légumes de saison
Les courges, carottes, panais, betteraves et céleris-raves se prêtent parfaitement aux soupes et aux plats mijotés. Ils permettent de préparer des repas savoureux, riches en fibres et en nutriments variés.
Les céréales et les légumineuses
L’avoine, le millet et le riz peuvent être utilisés dans des préparations chaudes. Les lentilles et les pois chiches constituent également d’intéressantes sources de protéines végétales et de fibres.
Les fruits cuits
Dans certaines traditions de diététique chinoise, la poire est associée à l’idée d’apaiser la sécheresse. Une poire cuite avec un peu de cannelle et quelques noix constitue un dessert automnal simple et agréable.
Les épices douces
Le gingembre, la cannelle, le thym ou le romarin peuvent enrichir nos préparations culinaires. Leur utilisation relève ici du plaisir alimentaire et du confort saisonnier, sans prétention thérapeutique.
Une idée pour les prochains jours : choisissez un légume de saison que vous cuisinez rarement et préparez un plat chaud autour de cet ingrédient. C’est une manière très simple de renouer avec le rythme des saisons.

7. Le corps au rythme de Shuang Jiang : un exercice inspiré du Qi Gong
La tradition chinoise nous invite à ne pas considérer le corps comme totalement séparé de son environnement.
Les pratiques corporelles telles que le Qi Gong accordent une place importante à la posture, à la respiration et à la qualité des mouvements. Pour Shuang Jiang, je vous propose un exercice simple en trois étapes, réalisable debout ou assis. Il ne s’agit pas d’une séquence traditionnelle spécifique à ce terme solaire, mais d’une pratique douce inspirée des principes généraux du Qi Gong.
Premier mouvement : réchauffer les paumes
Frottez doucement vos mains l’une contre l’autre pendant une vingtaine de secondes.
Puis placez-les sur votre bas-ventre.
Observez simplement la chaleur produite par le mouvement.
Dans certaines traditions chinoises, cette région est associée au Dantian inférieur, un centre important dans les pratiques énergétiques.
Deuxième mouvement : ouvrir et rassembler
Placez les bras devant vous, les coudes légèrement fléchis.
Sur une inspiration confortable, ouvrez doucement les bras.
Sur l’expiration, ramenez-les lentement vers le centre.
Répétez ce mouvement six à huit fois, sans forcer.
Vous pouvez imaginer que vous ouvrez un espace devant vous, puis que vous rassemblez doucement votre attention vers vous-même.
Troisième mouvement : revenir au centre
Replacez les mains sur le bas-ventre.
Relâchez les épaules et laissez votre respiration retrouver son rythme naturel.
Restez ainsi pendant une minute.
Observez vos sensations sans chercher à produire un résultat particulier.
Cette courte pratique peut constituer une pause agréable dans une journée chargée.
Adaptez toujours les mouvements à vos capacités et interrompez l’exercice en cas d’inconfort.

8. La sagesse du dépouillement : que reste-t-il lorsque le superflu disparaît ?
Imaginons un arbre au printemps.
Il se couvre de feuilles, parfois de fleurs et de fruits.
Son feuillage est magnifique, mais il dissimule une grande partie de sa structure.
À la fin de l’automne, ce même arbre présente une apparence très différente.
Ses branches deviennent visibles. Sa silhouette se révèle.
L’arbre n’est pourtant pas devenu un autre arbre.
Il nous montre simplement une autre facette de son existence.
Cette image peut nous inviter à réfléchir à notre propre manière de vivre.
Nous consacrons beaucoup de temps à développer nos activités, multiplier nos projets et accumuler de nouvelles expériences.
Mais prenons-nous aussi le temps de nous demander ce qui mérite réellement notre attention ?
Il existe des périodes durant lesquelles ajouter quelque chose à notre vie est bénéfique.
Et d’autres où il peut être préférable de simplifier, de consolider ou de préserver.
Le dépouillement ne signifie pas nécessairement renoncer à ses ambitions.
Il peut simplement consister à mieux distinguer l’essentiel de l’accessoire.
Posez-vous ces trois questions :
- Quelles activités continué-je uniquement par habitude ?
- Quelles ressources personnelles ai-je besoin de préserver ?
- À quoi souhaiterais-je consacrer davantage d’attention pendant les prochains mois ?
Il n’existe pas de réponse universelle.
Mais Shuang Jiang peut constituer une belle occasion de prendre quelques instants pour y réfléchir.

9. Observer, ressentir, préserver : votre rituel pour les quinze prochains jours
Pour prolonger les enseignements de Shuang Jiang, je vous propose un petit rituel d’observation en trois étapes.
Observer
Choisissez un arbre, une plante ou un paysage près de chez vous.
Observez-le régulièrement au cours des prochains jours.
Remarquez la couleur des feuilles, les changements de lumière, la présence éventuelle de rosée ou de givre, les oiseaux et les insectes.
Vous découvrirez peut-être des transformations auxquelles vous n’aviez jamais prêté attention.
Ressentir
Après votre observation, prenez une ou deux minutes pour vous demander comment vous vous sentez.
Avez-vous besoin de repos, de mouvement, de chaleur ou simplement de quelques instants de tranquillité ?
Il ne s’agit pas d’interpréter chaque sensation comme un phénomène énergétique, mais de développer une meilleure écoute de vos besoins.
Préserver
Choisissez enfin une petite action concrète que vous souhaitez maintenir pendant les prochains jours.
Une promenade régulière, un repas préparé à la maison, quelques minutes de calme ou une activité qui vous fait du bien.
L’important n’est pas de bouleverser votre quotidien, mais d’y introduire un geste simple et durable.

10. Conclusion : préserver la vie derrière les apparences
Shuang Jiang nous rappelle que les transformations les plus importantes ne sont pas toujours les plus spectaculaires. Les feuilles tombent, les insectes deviennent moins visibles, les animaux modifient leurs comportements et les paysages se couvrent parfois de givre.
Mais derrière cette apparente diminution de l’activité, la vie poursuit son chemin. Elle s’adapte, conserve certaines ressources et traverse progressivement les étapes de son cycle.
C’est peut-être là l’un des enseignements les plus précieux de cette période :
Nous n’avons pas toujours besoin d’en faire davantage. Nous avons parfois surtout besoin de mieux préserver ce qui compte.
Notre prochain rendez-vous sera consacré à Li Dong 立冬, le commencement de l’hiver dans le calendrier solaire chinois.
D’ici là, prenez le temps d’observer les transformations de la nature et de découvrir ce qu’elles peuvent vous apprendre.
Retrouvez le replay et participez à notre tirage au sort !
Vous avez manqué la conférence ou souhaitez revoir certains passages ?
Si cet article et ce live vous ont plu, vous pouvez soutenir mon travail de trois manières :
- Partagez la vidéo avec vos proches ou sur vos réseaux sociaux.
- Abonnez-vous à ma chaîne YouTube ainsi qu’à mes comptes Facebook et Instagram.
- Aimez la vidéo et laissez un commentaire pour partager vos observations.
Et pour vous remercier de votre fidélité, un tirage au sort est organisé chaque saison pour tenter de remporter un exemplaire de mon agenda Ma métaphysique pour l’année de la Chèvre de Feu 2027.
Les partages éligibles et vérifiables pourront participer au tirage selon les modalités du concours.

Retrouvez également mes livres, mes formations et mes prochaines conférences sur www.mametaphysique.com.
À très bientôt pour un nouveau voyage au rythme des 24 Jie Qi !
Marc-Olivier Rinchart
Cet article présente des traditions culturelles, philosophiques et des pratiques inspirées de la médecine traditionnelle chinoise. Ces approches ne remplacent pas un avis médical individualisé.
