Après Bai Lu 白露, la Rosée blanche, puis Qiu Fen 秋分, l’Équinoxe d’automne, nous avançons encore un peu plus profondément dans l’automne énergétique chinois.
Voici venu Han Lu 寒露, la Rosée froide, le 17e des 24 Jie Qi 節氣 qui rythment le calendrier solaire traditionnel chinois.
Avec Han Lu, quelque chose change véritablement dans l’atmosphère. La lumière est toujours présente, certaines journées peuvent encore être agréablement douces, mais les nuits deviennent plus fraîches. La rosée du matin n’annonce plus seulement l’automne : elle porte désormais le froid qui préfigure l’hiver. Han Lu nous invite ainsi à modifier progressivement notre rythme :
Ralentir. Lâcher. Protéger. Préserver. Revenir à l’essentiel.

Que signifie Han Lu 寒露 ?
Les deux caractères chinois nous donnent immédiatement la clef de cette période :
寒 Hán signifie « froid », « frais », « froid pénétrant ».
露 Lù désigne la « rosée », ces petites gouttelettes d’eau qui se déposent pendant la nuit.
Han Lu peut donc être traduit par « Rosée froide ».
Cette période débute généralement autour du 8 octobre et se poursuit jusqu’aux environs du 23 octobre, lorsque commence le Jie Qi suivant, Shuang Jiang 霜降, le « Gel Possible ».
À Bai Lu, la présence de rosée nous indiquait déjà que la chaleur estivale commençait à se retirer. À Han Lu, nous franchissons une nouvelle étape. Les températures nocturnes diminuent davantage et l’écart entre la chaleur du jour et la fraîcheur de la nuit devient plus perceptible. Dans certaines régions, la rosée matinale peut même commencer à se transformer en givre.
Symboliquement, nous entrons dans une phase plus avancée de l’automne : la nature ralentit et commence à se préparer à l’hiver.

Le Yin augmente, le Yang se retire
Pour comprendre Han Lu, il faut revenir au mouvement du Yin et du Yang au fil des saisons.
Au printemps, le Yang s’éveille.
En été, il atteint son apogée.
À l’automne, le Yang commence à se retirer tandis que le Yin augmente.
En hiver, le Yin domine.
Han Lu se situe déjà profondément dans ce mouvement automnal : le Yang n’a pas totalement disparu. Le Soleil peut encore apporter de la chaleur pendant la journée. Mais dès qu’il descend, la fraîcheur revient rapidement.
C’est une magnifique illustration du mouvement Yin-Yang : la journée conserve encore une partie du Yang de l’été tandis que la nuit manifeste un Yin de plus en plus puissant.
La nature nous enseigne cependant à ne pas précipiter ce mouvement. Il ne s’agit pas d’entrer brutalement dans l’hiver, mais de nous adapter progressivement au changement.

Observer la nature pendant Han Lu
Regarder la nature est probablement l’une des meilleures manières de comprendre les Jie Qi.
Pendant Han Lu, les transformations deviennent de plus en plus visibles. Les feuilles prennent des couleurs rouges, jaunes, orange et brunes avant de tomber. Châtaignes, glands et faînes recouvrent progressivement le sol. Les pommes, les poires et les derniers raisins accompagnent les récoltes automnales. Les oiseaux migrateurs prennent la direction du sud. Les écureuils rassemblent leurs réserves. Certains animaux commencent à préparer leur repos hivernal.
Les chrysanthèmes, étroitement associés à l’automne dans la culture chinoise, continuent pourtant à fleurir malgré le refroidissement. Et puis il y a ces magnifiques toiles d’araignées couvertes de rosée, particulièrement visibles lors des matinées fraîches. Elles ressemblent parfois à de minuscules bijoux suspendus dans le paysage !
Tout semble nous transmettre le même message : la nature ne cherche plus à produire davantage. Elle commence à conserver.
Nous vivons souvent comme si toutes les saisons devaient être des printemps : commencer, développer, produire, créer, accélérer. Han Lu nous rappelle qu’il existe aussi un temps pour terminer, réduire, conserver et protéger.

L’automne, le Métal et l’art du lâcher-prise
Dans la pensée traditionnelle chinoise, l’automne est associé à l’élément Métal 金. Cet élément nous parle notamment de tri, de clarification, de structure, d’achèvement et de lâcher-prise. Mais à mesure que nous avançons vers la fin de l’automne, cette notion de lâcher-prise devient encore plus importante.
Observez simplement un arbre. Lorsqu’une feuille a terminé son cycle, l’arbre ne cherche pas à la retenir. Il la laisse tomber.
Et peut-être pouvons-nous nous poser la même question :
Qu’est-ce que je continue à maintenir alors que son cycle est peut-être déjà terminé ?
Il ne s’agit pas nécessairement de provoquer de grands bouleversements. Cela peut être beaucoup plus simple : un objet devenu inutile, une habitude, une obligation que nous nous imposons, un projet que nous savons terminé, une manière de fonctionner qui ne nous correspond plus. L’automne nous apprend à faire de la place.

Xu 戌 : garder la dernière braise
Han Lu se déroule dans le mois associé à la Branche terrestre Xu 戌, la onzième des douze Branches terrestres, traditionnellement associée au Chien. Xu appartient principalement à l’élément Terre 土. Dans sa composition énergétique traditionnelle subsiste également une présence de Feu.
Cette image est particulièrement belle à cette période : la Terre conserve encore la dernière braise du Yang avant l’arrivée de l’hiver.
Xu peut être envisagé comme un gardien placé sur le seuil entre deux saisons. L’automne n’est pas encore complètement terminé, mais l’hiver approche.
Nous pouvons donc associer Xu à plusieurs actions : conserver, protéger, consolider, clôturer et préparer. À l’extérieur, la température baisse. À l’intérieur, nous préservons la chaleur.
C’est peut-être l’un des grands messages de Han Lu : il n’est plus nécessaire d’alimenter un grand feu. Il suffit parfois de protéger la braise.

Han Lu et l’Hexagramme 23 du Yi Jing : Bo 剝
Une correspondance particulièrement intéressante associe cette période à l’Hexagramme 23 du Yi Jing, Bo 剝. Il est notamment traduit par l’Éclatement, Le Dépouillement, ou l’Érosion.
Sa structure est éloquente : cinq traits Yin occupent les cinq positions inférieures, tandis qu’un seul trait Yang subsiste au sommet. Le Yin a presque entièrement gagné du terrain. L’hexagramme est formé par la Montagne ☶ au-dessus de la Terre ☷.
Mais Bo ne doit pas nécessairement être compris comme une image négative ou menaçante.
Il nous parle d’un processus naturel.
Certaines structures se désagrègent lorsqu’elles ne peuvent ou ne doivent plus être maintenues : l’écorce tombe, la feuille se détache, une forme disparaît pour que quelque chose de plus essentiel puisse alors apparaître.
Han Lu et l’Hexagramme 23 racontent donc une histoire similaire.
La nature abandonne progressivement ses ornements pour revenir à l’essentiel.
Et nous pouvons nous demander : Qu’est-ce que je peux laisser se détacher afin de me rapprocher de mon essence ?

Comment vivre Han Lu au quotidien ?
Le principe pourrait tenir en quelques mots : préserver plutôt que disperser. La tradition chinoise nous invite à adapter progressivement notre rythme au mouvement de la saison. Cela peut signifier ralentir légèrement nos soirées, respecter davantage notre besoin de repos, nous protéger des changements de température entre la journée et la nuit et privilégier des activités plus douces.
La marche, les étirements, le Qi Gong, le Tai Chi, la méditation ou simplement quelques minutes consacrées à une respiration consciente peuvent parfaitement accompagner cette période.
Mais Han Lu peut également nous inviter à diminuer le bruit. Le bruit extérieur, mais aussi celui que nous créons nous-mêmes : sollicitations permanentes, téléphone, obligations, accumulation d’activités…
Pourquoi ne pas choisir, durant cette période, une soirée où vous ne prévoyez absolument rien ? Non pas pour remplir immédiatement cet espace par une autre activité, mais simplement pour retrouver un peu de silence…

Han Lu dans l’assiette
Dans les traditions alimentaires saisonnières chinoises, l’arrivée du froid invite progressivement à délaisser certains aliments très froids ou crus au profit d’une alimentation davantage tiède, cuite, nourrissante et simple.
Les aliments associés à cette période sont notamment les poires, pommes et raisins, ainsi que les légumes de saison comme le potiron, la carotte, le panais, le céleri-rave et la patate douce. On retrouve également l’avoine, l’orge, le sarrasin, les noix, les amandes ou encore le sésame noir. Les soupes, bouillons, légumes mijotés et céréales chaudes commencent naturellement à retrouver leur place dans nos cuisines.
Les épices comme le gingembre, la cannelle, la cardamome, la noix de muscade ou le clou de girofle peuvent accompagner cette transition vers des saveurs plus chaleureuses.
Une préparation toute simple symbolise parfaitement Han Lu : une poire doucement cuite avec un peu de cannelle et, éventuellement, du miel.
Les couleurs elles-mêmes nous parlent de l’automne : blanc, jaune, orange, brun clair.
Ces correspondances alimentaires sont présentées ici dans le cadre des traditions saisonnières chinoises et de la médecine traditionnelle chinoise ; elles ne remplacent évidemment pas un conseil médical ou nutritionnel individualisé.

Un rituel pour Han Lu : le souffle de la Rosée froide
Han Lu peut également devenir l’occasion d’un petit rituel d’observation.
Choisissez un matin ou une fin d’après-midi et rendez-vous dans un jardin, un parc, un bois ou simplement un endroit où vous pouvez observer la nature.
Observez la lumière, la fraîcheur de l’air, une feuille qui tombe, une goutte de rosée, une toile d’araignée, le silence entre deux chants d’oiseaux.
Regardez et ne cherchez pas à analyser.
Puis effectuez tranquillement neuf respirations.
À l’inspiration, pensez : J’accueille.
À l’expiration : Je laisse partir.
Observez ensuite quelque chose qui représente pour vous cette période : une feuille, une fleur, un chrysanthème ou une toile d’araignée couverte de rosée.
Puis posez-vous simplement trois questions :
Qu’est-ce que je peux laisser partir ?Qu’est-ce que je souhaite préserver ?Où puis-je créer davantage de silence ?
Et terminez par cette intention :
Je laisse partir ce qui a accompli son cycle.
Je conserve ce qui nourrit l’essentiel.

Votre intention pour Han Lu
Chaque Jie Qi peut devenir un petit rendez-vous avec soi-même.
Il n’est pas nécessaire de tout transformer.
Choisissez simplement une intention pour les jours qui viennent.
Peut-être avez-vous besoin de ralentir ?
Peut-être est-il temps de laisser partir quelque chose ?
Peut-être devez-vous davantage protéger votre temps ou votre énergie ?
Peut-être souhaitez-vous préserver quelque chose de précieux ?
Ou peut-être ressentez-vous simplement le besoin de simplifier ?
Han Lu nous rappelle que le ralentissement n’est pas nécessairement une perte d’élan. Le dépouillement n’est pas nécessairement un appauvrissement. Le silence n’est pas nécessairement le vide.
La nature abandonne progressivement ce dont elle n’a plus besoin afin de préserver son énergie pour la saison suivante. Nous pouvons peut-être apprendre à faire de même ?
Laisser tomber quelques feuilles.
Préserver notre chaleur intérieure.
Et revenir doucement vers ce qui est véritablement essentiel.

Et après Han Lu ?
Notre voyage à travers les 24 Jie Qiva naturellement se poursuivre. Après la « Rosée froide » viendra Shuang Jiang 霜降 — le Gel possible, dernier terme solaire de l’automne.
Le froid deviendra alors encore plus manifeste et la nature franchira une nouvelle étape dans son mouvement vers l’hiver….
Mais pour l’instant, restons encore quelques instants avec Han Lu. Vous pouvez revoir le replay du live sur ma page YouTube
Regardons ce qui tombe.
Observons ce qui demeure.
Et demandons-nous :
Quelle est votre intention pour cette période de Han Lu ?
Ralentir ? Lâcher ? Protéger ? Préserver ? Simplifier ?
N’hésitez pas à partager votre intention en commentaire.
Et si vous souhaitez poursuivre ce voyage avec moi au fil des saisons, abonnez-vous à ma chaîne et ne manquez aucun live consacré aux 24 Jie Qi.
Marc-Olivier Rinchart
